La Restauration

"L'histoire de l'art est une science vivante. Une archive réapparaît et tout peut changer"

Pierre Rosenberg

Approche déontologique des interventions sur les documents du patrimoine

Le patrimoine archivistique représente un ensemble de pièces documentaires vouées à être transmises à la postérité, sans limite temporelle.
Toute intervention sur un document patrimonial doit être lisible, réversible et honnête et doit viser la conservation du maximum de composants d’origine.
On associe toujours le respect de l’existant et la nécessité de sauvegarde de l’information dans le cadre d’une intervention minimale, conforme à la nature de la pièce traitée et aux objectifs futurs de conservation et de communication.
On choisira systématiquement la stabilisation et la consolidation des éléments détériorés, plutôt que leur remplacement.
Aucune modification substantielle de la nature du document n’est risquée et les anciennes interventions nuisibles à l’objectif de conservation à long terme sont retirées, dans la mesure des possibilités techniques et avec l’accord du Conservateur.
Toute observation, lors du traitement, de particularités non constatées lors de l’élaboration du dossier préalable, donne lieu à un échange avec le Conservateur.
Dans tous les cas notre action est conforme aux préconisations techniques édictées par le S.I.A.F et aux règles de déontologie y afférent.

La restauration…

Elle est appliquée aux livres d'une valeur historique ou artistique inestimable qui ont été endommagés. Le restaurateur de reliures intervient afin de leur rendre un aspect et une solidité aussi proches que possible de l'état d'origine, sans en modifier pour autant la valeur documentaire ou artistique. Le maintien de l'originalité du document est le souci déontologique majeur du restaurateur.

Le nettoyage par gommage-brossage est indispensable avant tous travaux. Il se fait exclusivement à la gomme en poudre, par un massage précautionneux, plus porté sur les zones sans texte et très léger sur les zones manuscrites ou illustrées, dont les résidus sont ôtés à l’aide de brosses souples.
La mise à plat est réalisée sous membranes microporeuses (gore-tex) et minutieusement contrôlée. La mise en tension est régulièrement vérifiée pour assurer un séchage complet au coeur du document (le séchage peut parfois prendre plusieurs semaines). Les réparations et comblages éventuels sont réalisés généralement à l’aide de papier japon maintenu avec de la colle d’esturgeon. Cependant à la demande du donneur d’ordre, les comblages peuvent être réalisés avec du parchemin.
Quand un sceau est présent sur le document (apposé ou appendu), le traitement du parchemin est similaire mais comprend des précautions supplémentaires afin de protéger ce dernier. Des découpes dans les différents matériaux utilisés durant l’intervention (goretex, bondina, non-tissé, cartons de calage…) permettront de ne pas porter atteinte au sceau et de le protéger pendant les étapes de restauration. Une zone d’un centimètre minimum n’est pas traitée autour du sceau afin que l’humidité ne s’infiltre pas jusqu’à la cire et ne dégrade le sceau.

Avant tout traitement, le sceau et son attache sont visités, les altérations chimiques, les dégradations physiques, les anciennes restaurations ou vernis, les lacunes et les défauts sont recensés. Le document attenant (parchemin ou papier) est protégé pour éviter tous risques de détérioration lors de l’intervention de restauration.

Plusieurs cas peuvent se présenter.
Pour un sceau en bon état, sans défauts de surface ni fissures importantes conduisant au coeur du sceau, mais encrassé, un nettoyage humide sera effectué par application de compresses de coton légèrement imbibées d’eau déminéralisée. On terminera en épongeant avec un coton sec. Une attention particulière sera alors apportée à ne pas humidifier l’attache du sceau par un contact direct du coton humide.
Dans le cas d’un sceau altéré en surface, montrant des écailles, des micro fissures, ou une saponification, ou encore comprenant d’importantes fissures, le nettoyage de surface sera effectué à sec, à l’aide d’un pinceau doux.
Nous pourrons réaliser le retrait des anciennes restaurations et vernis. Cette intervention très délicate pouvant entraîner une intervention plus lourde de restauration en aval.
Ainsi, des écailles ou des altérations de surface comme la saponification non visibles sous le vernis peuvent apparaître après son retrait. La « frontière » entre les cires d’origine et celles issues d’anciennes restaurations est parfois très difficile à retrouver et les températures de fonte des deux cires sont souvent trop proches pour éviter le risque de refonte de l’original, lors du retrait d’anciennes restaurations.
Pour le retrait d’anciens vernis, après test sur une infime partie du sceau, nous utilisons un mélange d’eau déminéralisée (70%) et d’éthanol (30%).

Moyens mis en œuvre pour garantir le respect des normes techniques de la direction des archives de France

Nos propositions techniques sont conformes aux normes en usage et notamment au « manuel pour la reliure et la restauration des documents d’archives » - Direction des Archives de France – 2009.
Nos travaux de reliure sont également ajustés sur les exigences de la norme ISO 14416.
Dans tous les cas, notre intervention est le fruit d’une communication avec le service donneur d’ordre. Dès l’arrivée du fonds en nos locaux, la responsable d’atelier s’assure de la cohérence de la proposition technique du devis face à l’état observé de chaque pièce à traiter et toute interrogation relative aux choix méthodologiques est communiquée au Conservateur, afin d’en permettre la validation.
La visite nécessaire à l’élaboration de nos devis donne lieu à la rédaction d’un mémoire manuscrit dans lequel est exprimée la compréhension par notre délégué de la nature du fonds concerné et de la demande du donneur d’ordre (Quels sont l’histoire du document et son importance historique ou technique, quelle méthode et quel rythme de communication sont envisagés dans le futur, quels sont les travaux déjà entrepris sur le fonds concerné, quelle mode de conservation sera choisi,…).
Ce document accompagne un devis informatique détaillé qui sera réalisé selon diverses trames techniques que nous proposons au conservateur, en fonction de la quantité de documents à traiter ou du besoin exprimé (Un devis par document ou une grille analytique par lot, selon les cas).
Après réception de l’accord du service, nous fixons un rendez-vous afin d’effectuer la prise en charge des pièces. Un bordereau d’enlèvement est rédigé, reprenant les termes du devis et signé conjointement par le conservateur et par notre délégué.

À l’arrivée du document en nos locaux, durant la réunion d’entrée avec la responsable d’atelier, un dossier de fabrication est débuté, mentionnant les spécificités de la demande technique. A ce stade, l’état matériel est analysé, concernant l’état physique du support ( Nature du papier ou du parchemin, ou du sceau..), la nature des tracés et les risques éventuels de migration de certaines encres (Encres métallogalliques, encres de couleur, aquarelle, pastels,…) ou la présence de restaurations antérieures, sur lesquelles il faudra intervenir avec les précautions dues à la nature de leur encollage ou à la présence de tracés sous-jacents. La chronologie des interventions nécessaires est établie, précisant les méthodes à mettre en œuvre ou les produits à utiliser.

À ce moment, si une incohérence apparaît entre les termes techniques du devis et la nature observée de la pièce, un échange est établi avec le conservateur, permettant un lever de doute.
La responsable d’atelier désigne le technicien (ou les techniciens pour des lots conséquents) qui prendra le dossier en charge et détaille avec lui le dossier de restauration.

Durant l’intervention, chaque jour, la responsable d’atelier recueille les informations ou les particularités notées par le technicien en charge du document, afin de les communiquer si nécessaire au Conservateur et à la Direction.

À la fin du traitement, le résultat de l’intervention est observé et validé par la responsable d’atelier.

Les documents traités sont alors conditionnés dans les modules de transport prévus et isolés en attente de leur prise en charge par le délégué commercial, qui aura déterminé une date de livraison avec le Conservateur.

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